Limanakia, l’escapade grecque de Pierre Guillaume

Explorons les rivages grecs avec Limanakia de Parfumerie Générale / Pierre Guillaume Paris. Ou comment Pierre Guillaume rend sexy une balade à la plage.

Source : GreekGuide.com

S’il y a bien un genre en parfumerie avec lequel j’ai beaucoup de mal, ce sont les parfums d’inspiration marine. La faute à la calone, cette molécule aux notes aqueuses / concombre / fruits d’eau qui sert souvent à justifier le propos sans trop se creuser la tête. Je ne l’aime pas parce que je la trouve trop facile, et qu’elle m’écœure… Et comme toutes les notes que je n’aime pas j’y suis (comme tout le monde dans ce cas) assez sensible. C’est pourquoi j’appréhende toujours la découverte d’un parfum sur le thème marin ou bord de mer. C’était le cas lors de celle de Limanakia, l’opus 27 de la bibliothèque de voyage de la Parfumerie générale (rebaptisée maintenant Pierre Guillaume Paris) de Pierre Guillaume.

J’ai découvert Limanakia lors d’une édition des Rives de la Beauté, à l’occasion desquelles Pierre Guillaume avait organisé des ateliers dans sa boutique rue Jean Jacques Rousseau à Paris. C’est toujours un plaisir de rencontrer des parfumeurs, surtout avec la liberté de ton de Pierre Guillaume! Car une chose est sûre, pas de langue de bois avec lui. C’est la liberté accordée par le fait d’être son propre patron. En effet Pierre Guillaume est certes parfumeur, mais il est surtout fondateur de sa propre maison de parfums, après un début de carrière comme chimiste. Installé à Clermont-Ferrand, sa société, Pierre Guillaume Diffusion, possède un studio de composition, une cave de matières premières et une ligne de conditionnement, de quoi créer et commercialiser ses parfums en toute indépendance.

Du coup,le côté subversif du nom de cet opus n’est pas si étonnant quand on connaît le créateur. Car Limanakia est certes une jolie plage rocheuse des côtes grecques, avec une végétation cuite par le soleil. Mais c’est surtout le rendez-vous de messieurs très peu vêtus qui se font une joie d’honorer les fantasmagories grecques. Pas le genre de plage où on emmène les enfants, si vous voyez ce que je veux dire (gros clin d’œil peu subtil). Et il faut dire que l’ambiance que l’on imagine est excessivement bien rendue. Il y a la minéralité des rochers qui chauffent au soleil, la pointe de végétation qui caramélise sous la chaleur, le sel déposé par la mer mais surtout celui qui sèche sur les peaux enfiévrées.

J’y perçoit un accord que je retrouve, plus poussé, dans Lys Méditerranée (Frédéric Malle) et surtout dans Musc Tonkin (Parfum d’Empire), sans doute composé de salicylates (ces molécules qui donnent son air de vacances à l’Ambre solaire), de fleurs blanches et de muscs. Accord avec lequel j’avais un peu de mal au début, sans doute parce qu’il rappelle indubitablement le corps humain. Mais comme il est parfaitement dosé dans Limanakia, il ne me dérange pas, tout en apportant un indéniable twist sexy au parfum (ce qui évite l’écueil du parfum Martine à la plage :p).

Le parfum est décrit par la marque comme minéral animal, et c’est bien le pari réussi avec Limanakia. Un départ pierre chaude, comme des silex qui roulent sous les pieds à l’abord de la crique. Du vert, mais du vert sec, qui tire vers le jaune de l’immortelle, avec une pointe du cumin qui figure déjà quelque chose de moins innocent. Puis ce fameux accord musqué qui éloigne définitivement le propos d’une visite à la plage en famille. Pour finir sur le boisé sec du patchouli (travaillé ici avec plusieurs qualité de patchouli, y compris du Clearwood, dérivé de canne à sucre qui contient les molécules essentielles du patchouli comme le patchoulol – oui ça existe :p) réchauffé et animalisé par l’ambrain de labdanum un travail particulier du ciste, chaud, résineux, ambré et terriblement troublant.

Fais chaud là non? :p

 

Limanakia, Pierre Guillaume Paris

Nez : Pierre Guillaume

Sortie : 2016

Existe en 30 ml, 68 €; 50 ml, 98 €; 100 ml, 146 €

2 thoughts on “Limanakia, l’escapade grecque de Pierre Guillaume

  1. J’étais avec toi à la présentation, et moi non plus je ne suis habituellement pas fan des notes dites marines (qui m’évoquent plus souvent l’huitre pas très fraiche que les embruns), mais ici le coté minéral et surtout les notes très solaires font bien passer tout ça, de ce point de vue je le trouve très réussi.
    J’en ai un gros décant et lire ton article m’a donné envie de le ressortir … car oui, il fait chaud, et ce parfum est tout à fait adapté !

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