Egoïste de Chanel : le retour du fils prodigue

2016 a marqué le retour dans ma parfumothèque d’un grand masculin que j’ai porté autrefois : Egoïste de Chanel.

Chanel Egoïste flacon

Il y a des parfums avec lesquels on partage une tranche de vie, et puis qu’on laisse disparaitre dans les limbes de sa mémoire. Et qui se rappellent un jour à notre bon souvenir, pour se refaire une place qu’on ne pensait pas leur avoir laissé. C’est ce qui s’est passé avec Egoïste de Chanel, qui reste un de leurs plus beaux masculins.

J’ai connu le bellâtre il y a plus de 15 ans. A l’époque jeune étudiante fraîchement émoulue de sa province et lâchée dans la jungle cosméto-parfumesque de la capitale, je ne me souviens pas comment j’en suis arrivée à craquer pour lui. Sans doute attirée par sa note, alors dominante, de cannelle, et par son côté tonitruant. Moi qui portais déjà plusieurs parfums de Serge Lutens, j’ai aimé m’approprier ce masculin qui sortait du rang. En effet, à l’époque de sa sorite (1990) les hommes portent plutôt des fougères after-shave like, et ce boisé (très) épicé détonne dans le paysage. La maison Chanel prend alors le risque, sur l’impulsion de son parfumeur maison, Jacques Polge, de ressortir un parfum déjà produit en quantité limitée, Bois noir. Inspiré par le chef d’œuvre d’Ernest Beaux, Bois des Iles, il pousse une note boisée alors peu utilisée à cette échelle dans les masculins : le santal. Rebaptisé Egoïste pour des raisons marketing, son lancement est soutenu par une inoubliable publicité réalisée par Jean-Paul Goude, couronnée d’un Lion d’or à Cannes.

Et me voila donc arpentant l’école vétérinaire nimbée d’Egoïste, que j’aimais porter avec un jean et une chemise blanche, les jours où les concessions n’étaient pas au programme. Et puis le flacon fini, je l’ai oublié. Il s’est sporadiquement rappelé à moi, mais j’entendais alors dire que la version actuelle n’était que l’ombre de lui-même, délavée, lessivée. Jusqu’en 2016, où, à l’occasion d’une virée au corner Chanel des Galeries Lafayettes Haussmann (au premier étage, privilégiez ce point de vente si vous voulez des conseils pointus sur les parfums) avec mon ami Olivier, il est revenu dans ma vie. A l’origine partie acheter l’extrait de Cuir de Russie (dont on reparlera dans un autre billet, il le mérite également), la discussion avec un charmant vendeur s’est porté sur lui (Egoïste, pas le vendeur 😉 ) et sa splendeur passée. C’était sans compter sur un retravail de la formule par la maison Chanel, qui avait fait le maximum pour redorer son aura (il faut savoir que le 48ème amendement de l’IFRA, l’autorité d’auto-régulation des parfums, a nettement baissé le taux autorisé de cannelle dans la concentrés parfumants, ce qui explique l’atténuation de cette note dans des parfums comme Egoïste, Rousse de Serge Lutens ou encore Musc ravageur de Frédéric Malle). Bien que moins tonitruant que par le passé, plus policé par la force des choses, Egoïste a néanmoins retrouvé son identité. Il est beau, à nouveau.

Boisé (santal et patchouli), épicé (cannelle), baumé, avec un cœur floral un tantinet rétro et une pointe de fruit liquoreux, il évoque irrésistiblement un dandy fumant du tabac blond, un sourire ironique aux lèvres. Et pourtant, je le trouve tellement facile à porter, même pour une journée à rester au chaud à la maison. Sans doute mériterait-il plus d’égards, d’être porté les jours de grande tenue ou de sortie dans le monde. Mais je n’en ressent pas le besoin. Peut-être parce qu’Egoïste et moi étions fait pour nous entendre, sans conventions ni restrictions.

Egoïste, Chanel

Sortie : 1990

Nez : Jacques Polge

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