Trudon : de la flamme à la peau

Transcendant les senteurs d’ambiance, la maison historique Trudon se dote d’une ligne de parfums de peau, reprenant les thèmes chers à son univers.

parfums Trudon perfumes

La maison Trudon, vous connaissez sans doute déjà pour leurs très belles bougies parfumées. En effet, la maison existe depuis 1643, et a été fournisseur officiel en cierges et bougies de la monarchie française et du premier empire. En 2007, elle se spécialise dans la fabrication de bougies parfumées. En 2017, la maison Trudon entame une nouvelle aventure, celle de la parfumerie fine, en lançant 5 parfums de peau.

Pour donner à vie à ces 5 essences, la maison Trudon a fait appel à 3 nez confirmés :

  • Antoine Lie (Hyperbole de courrèges, Violet blonde de Tom Ford, Armani Code de Giorgio Armani, plusieurs État libre d’Orange, etc.);
  • Lynn Harris (oui celle qui a lancé Miller Harris) ;
  • Yann Vasnier (Aldehyde 44 de le Labo, the Architect’s club d’Arquiste, plusieurs Jo Malone, etc.).

Comme déjà chaque bougie évoquait une histoire, un lieu ou un personnage, les parfums Trudon conjurent les ombres des univers chers à la marque : royauté, révolution, religion. Aucun genre n’a été attribué aux parfums, ils sont tous mixtes. Le choix de plusieurs parfumeurs reflète l’envie de laisser s’exprimer la créativité de chacun, un point de vue, une vision. Chaque parfumeur s’est vu confier le (ou les) brief(s) dans un lieu évoquant l’histoire, l’ambiance, l’univers du parfum concerné, accompagné d’une sophrologue pour s’imprégner de la personnalité du futur parfum.

Le flacon a également fait l’objet d’un soin particulier, ce qu’on pouvait attendre d’une maison dont les pots des bougies sont en verre soufflé à la bouche. Le flacon en verre, avec une contenance de 100 ml, est coiffé d’un lourd capot en verre également, orné de cannelures et tout à fait dans le style Trudon.

Mortel (Yann Vasnier)

Effets de peaux qui s’échauffent, la sensualité est au cœur de Mortel : les baumes, l’encens, la myrrhe et le benjoin s’associent, ici, à la chaleur érotique, presque animale du ciste labdanum.

Mortel joue la carte de l’encens. Mais on est ici loin de l’encens d’église et de l’ambiance confessionnal et pierre humide. Mortel est un encens qui balance entre 2 pôles, l’un montant, aérien et aromatique, et l’autre plus rond, chaleureux, confortable. Cette dualité en fait un encens très agréable à porter. La marque parle d’un « trait d’union métallique entre chaud et froid« , mais je ne sens pas cette facette métallique sur moi. Au contraire, je trouve l’équilibre très réussi entre les deux pôles du parfum, qui est plutôt structuré autour d’une note boisée (cèdre).

Dès la tête, poivrée mais sans piquant, le parfum se déploie et l’encens s’élève, virevoltant autour du cèdre, colonne vertébrale. Les baumes, rapidement, l’ancrent et lui donnent une assise confortable, mais sans jamais écraser ou tasser les circonvolutions de l’encens. Le ciste, matière que j’adore, apporte une pointe d’animalité et de densité, tout en soutenant la facette résineuse. C’est un parfum de dieu grec, d’Héphaïstos plus exactement, dieu du feu, de la forge et des volcans. D’un socle chaud et enveloppant s’échappent des fumerolles, qui emplissent l’espace.

Bruma (Antoine Lie)

Bruma renferme une sensualité animale, celle d’une cavalière qui puise une force féminine intérieure dans les éléments extérieurs qui l’entourent – sa monture et la profondeur d’une nuit en forêt. Ils l’imprègnent pour lui donner une aura magnétique et charnelle.

Au premier essai Bruma m’a laissée un peu perplexe, car ce que je sentais n’étais pas vraiment accord avec le pitch de la marque le concernant. Parce qu’en tant qu’ancienne cavalière, ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais. Mais c’est en le portant réellement que j’ai pu mieux le comprendre.

Après un très beau départ d’iris et de cuir fin évoquant les gants de la cavalière, c’est un cœur floral opulent et narcotique qui se déploie, avec une pointe de verdeur. Bruma m’évoque une fleur d’un pourpre profond, sombre, qui fleurirait la nuit, avec des feuilles épaisses, une tige tortueuse. Une fleur de nuit, vénéneuse, séductrice. Poison Ivy. A l’évolution Bruma se fait plus intimiste, en déposant sur la peau un voile boisé et soyeux, arrondi par la fève tonka et le labdanum.

II (Lynn Harris)

II évoque un nouveau départ, la vie d’une forêt qui transcende les saisons, ce lien qui rapproche. II est une Cologne inspirée qui reflète un univers fantastique sur la peau.

Dès le départ, II (c’est deux et pas il) annonce la couleur : c’est vert! Un vert tonnant l’herbe coupée, avec la pointe d’amertume du bigaradier (une lichette de galbanum également peut-être?). Ce dernier est là pour rappeler qu’en fait II est une Cologne revisitée du côté vert de la force, en évoquant la vie d’une forêt! Mais ce départ, qui donne le ton, s’adoucit rapidement avec même des inflexions un peu poudrées, rappelant le toucher des troncs couverts de mousse. A l’évolution j’ai une impression de note lactée et de figue, avec un évocation de bois de figuier. Le fond, boisé vert, se révèle étonnamment confortable, tout en conservant une pointe de raideur et de montant.

Si II est sensé évoquer la vie d’une forêt, il n’est jamais humide. Le sous-bois que j’y perçois est calme, lumineux  et moussu. Mais une mousse dense, accueillante et douce au toucher. Ce n’est pas une forêt sombre, comme peuvent l’être certaines forêts résineuses (pour être déjà passée à cheval le long de pinèdes en Alsace, c’est limite flippant en fait). Si quelques pins diffusent leurs émanations résineuses, cette forêt est bienveillante, réconfortante.

Au final II m’évoque une feuille, se détachant du faîte d’un arbre, qui virevolte du manteau feuillu vert brillant, effleure le tronc du pin voisin, glisse sur une plaque de mousse, pour finir son chemin en se posant délicatement sur les puissantes racines qui affleurent la terre…

Révolution (Lynn Harris)

Révolution imprègne la peau ; au fil de la journée, le parfum se creuse de mystères et d’intrigues pour faire corps avec nos émotions.

Le départ de Révolution évoque pour moi un coup de canon: envolée poivrée (merci l’élemi!) et notes fumées. Les notes fumées restent très présente sur moi tout au long de l’évolution, même si elles s’adoucissent nettement en fond. Si vous aimez les notes fumées, le Lapsang Souchong ou le goudron de Norvège, Révolution est pour vous! Je le trouve peu évolutif, passant de la déflagration de la tête à un fond plus encens boisé assez sec sans à coups. A la différence de Mortel, l’encens est ici plus sec, soutenu par le fond boisé, légèrement piquant (élemi et angélique) et fumé.

Pour le coup, Révolution, qui s’inspire de la période mouvementée éponyme, est très figuratif de son brief. Coups de feu, fumée, cuir des harnachements, églises pillées et encens renversé et même… le bois de la guillotine! Pour une maison qui a fourni en cierges la royauté, c’est (sans) culotté!

Olim (Lynn Harris)

Olim renferme la vanité et l’émotion d’une période royale. Son caractère poudré évoque la beauté ; les épices, la décadence ; les résines, l’opulence. Olim incarne une pureté nourrie de richesses.

Olim est le plus versatile des 5 parfums Trudon, en tout cas sur moi. Après plusieurs essais, il dévoile à chaque fois une évolution différente. Au premier essai, par un chaude journée, les baumes (benjoin, myrrhe) se sont imposés tout de suite en lui donnant une carrure que je n’attendais pas. Au deuxième, par temps humide, c’est la lavande, épicée de baies roses et de clou de girofle, évoquant ainsi presque un oeillet, qui s’est d’abord avancée, entraînant dans son sillage la myrrhe et le benjoin, en convoquant le spectre de Jicky de Guerlain. Au troisième, la myrrhe s’est affirmée dès le départ, soutenue par le patchouli, pour laisser à l’évolution un confortable fond de benjoin et de muscs.

Olim devra donc être dûment testé sur peau, plus que ses frères de flacon, pour déterminer s’il vous plaît. C’est un parfum élégant, confortable, avec un incontestable fond baumé délicieux. Poudré? Pas toujours. Epicé? Oui, toujours mais tout en subtilité. Résineux? Oui et non, plutôt baumé.

En conclusion, la gamme de parfums de peau Trudon ne révolutionne pas la parfumerie, mais a le mérite d’assumer certains partis pris. Un fumé comme Révolution ou un vert comme II ne sont pas fréquents dans les rayons des parfumeries actuellement. Et tout ceci est fort joliment réalisé. De belles matières, qui transparaissent dans les jus, et des parfumeurs encouragés à explorer des pistes clivantes. Le tout donnant naissance à une gamme totalement cohérente avec les codes de la maison. Bref, une jolie réussite que ce premier pas dans la cour des parfums de peau.

Parfums Trudon, 100 ml, 180 €

Un coffret contenant 10 ml de chaque parfum est disponible pour 95 €

One thought on “Trudon : de la flamme à la peau

  1. Sans surprise, mes chouchous ont été II (le vert et moi, c’est une longue histoire d’amour …) et Bruma (parce que je ne résiste pas à un iris quand c’est bien fait, et ici c’est trèèèès bien fait)

    Sinon, en bonne habituée des forêts de feuillus aux troncs tortueux, je suis d’accord avec toi : une forêt de résineux, je n’y suis pas à l’aise. Pas même la forêt landaise, bien plus claire que la vosgienne, mais tous ces pins longilignes et alignés, ça me perturbe.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *