Les Eaux : Serge Lutens à contre-courant


Les Eaux de Serge Lutens : histoire d’une gamme à contre-courant

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Alors qu’est lancée la toute dernière née de la série des Eaux, l’Eau de paille, c’est l’occasion de revenir sur cette gamme qui paraît détonner dans l’univers lutensien. En effet, les aficionados de la marque sont plus habitués à des fleurs hystériques, des bois épicés ou des circonvolutions orientalistes. Mais Serge Lutens n’aime pas être là où on l’attend, et en 2010 il lance l’Eau, premier « anti-parfum » et début de la gamme des Eaux. Conctrairement à ce qu’on pourrait penser, ces Eaux ne sont pas des sous parfums Lutens à l’abord facile, bien au contraire, elles demandent à être apprivoisées.

L’Eau : linge propre

C’est Serge Lutens lui même qui présente l’Eau comme un anti-parfum, l’antithèse de tout ce qu’il a fait jusque là. Sa sortie provoque d’ailleurs remous et interrogations chez les fans de la marque et de ses parfums. Lutens remplace le bois par des aldéhydes, les fleurs opulentes par des agrumes, troque les matières animales pour des muscs propres, les épices contre une note aquatique. L’ensemble évoque immanquablement une chemise propre fraîchement sortie de la machine à laver.

L’Eau froide : encens glacial

Dans l’Eau froide (2012), c’est l’encens de Somalie, encens glacial, qui donne le ton et la structure. L’Eau froide est un parfum tellement froid qu’il en devient brûlant, et ce qui le représente bien c’est l’image de larmes d’encens qui se consument en crépitant dans la neige. L’envolée initiale, très menthe glacial, met tout de suite dans l’ambiance sibérienne. En fond, des muscs, comme un nuage avant le blizzard. L’Eau froide souffle le chaud et le froid, et s’apprécie, pour moi, aux extrêmes : par temps de canicule et par temps polaire…

Laine de verre : vapeurs de pressing

Troisième Eau, Laine de verre (2014) annonce la (non) couleur : ça grince, ça crisse, dans une explosion d’aldéhydes qui évoquent les coulisses d’un pressing. Des facettes métalliques, froides, dans lesquelles frissonne une petite rose givrée, servent d’armatures. En fin d’évolution, là encore, ce sont les muscs propres qui adoucissent à peine les grincements de la fragrance. Si on devait associer Laine de verre à un personnage de fiction, ça serait Patrick Bateman dans American Psycho. Grinçante, ambivalente, parfois inhumaine, Laine de verre est loin d’être une Eau simple.

L’Eau de paille : vapeurs sèches

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 La dernière née des Eaux, l’Eau de paille (2016), joue les intéressantes au sein même d’une gamme à contre courant. En effet, elle ne présente aucune note qui pourrait évoquer l’élément liquide comme ces prédécesseuses (linge propre, glace ou pressing). C’est une Eau… sèche! Le pivot central du parfum est une association encens et vétiver, qui évoque avec justesse la raideur d’un fagot de paille (j’ai à mon nez des effets de bois ambrés, dans ce côté montant et raide). Autour de cet axe s’enroulent des notes lactées, presque céréalières. Mais quand Jeux de peau joue sur une facette pain grillé, l’Eau de paille vous livre les grains de blé bruts! Ce qui rend l’Eau de paille un peu déstabilisante au début, c’est cet échange entre la raideur de l’accord encens / vétiver et les notes lactées / céréales plus douces, comme des volutes. Ces dernières se développent plus sur peau je trouve, par rapport à la touche papier, l’Eau de paille est donc absolument, plus que les autres, à tester sur peau pour voir comment elle s’y développe.

Les Eaux, Serges Lutens, disponibles en 50 ml (78€) et 100 ml (110€)

2 thoughts on “Les Eaux : Serge Lutens à contre-courant

  1. Super ce billet sur les Eaux de Lutens. J’aime beaucoup l’Eau que je trouve d’un abord facile et pas déconcertante. L’Eau Froide, je l’ai trouvé justement trop aquatique (ce côté a une fâcheuse tendance à écraser la fragrance). La Laine de Verre reproduit à merveille la laine de verre, mais est difficile à porter… me reste à découvrir l’Eau de Paille qui m’intrigue.

  2. Oups, toujours pas testée sur peau, il va vraiment falloir que j’y aille !
    J’étais restée assez perplexe suite à l’essai sur mouillette, mais effectivement, pour ce genre de parfum, rien de tel que d’évaluer comment les notes se développent sur sa propre peau …

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